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Perfectionnisme : pourquoi ai-je toujours besoin de bien faire ?

Kristina Salion
25 août
27 min de lecture

Le perfectionnisme possède une particularité assez déroutante : vu de l'extérieur, il peut facilement passer pour une qualité.


Une personne perfectionniste est souvent décrite comme consciencieuse, exigeante, organisée ou particulièrement investie dans ce qu'elle entreprend. Elle travaille beaucoup, remarque les détails, cherche à progresser et supporte difficilement le travail approximatif. Dans certains contextes, ces caractéristiques peuvent d'ailleurs être de véritables forces. Vouloir bien faire n'a rien de problématique en soi.


Pourtant, il existe une différence importante entre vouloir faire quelque chose du mieux possible et ressentir qu'il faudrait toujours pouvoir faire mieux.


C'est souvent là que le perfectionnisme commence à devenir épuisant.


Une réussite peut procurer de la satisfaction, mais celle-ci dure peu. À peine un objectif atteint, l'attention se déplace vers ce qui aurait pu être amélioré. Un travail apprécié par les autres peut sembler simplement « correct ». Une erreur minime peut prendre davantage de place que tout ce qui a été réussi. Et lorsqu'une tâche compte vraiment, il devient parfois difficile de savoir à quel moment s'arrêter, parce qu'il reste toujours quelque chose à corriger, vérifier ou perfectionner.


Le perfectionnisme peut même produire un paradoxe étonnant : vouloir tellement bien faire que l'on finit parfois par ne plus faire du tout. On reporte un projet parce que l'on ne se sent pas suffisamment prêt. On hésite à montrer son travail. On passe énormément de temps sur des détails. On abandonne une activité dans laquelle on ne progresse pas assez vite. Ou l'on préfère ne pas essayer plutôt que de risquer de découvrir que l'on n'est pas aussi compétent qu'on l'espérait.


C'est pourquoi réduire le perfectionnisme à une simple exigence envers soi-même ne suffit pas.


La question intéressante n'est pas seulement : « Pourquoi est-ce que je veux que les choses soient parfaites ? »


Elle est aussi : « Qu'est-ce que cela représente pour moi lorsqu'elles ne le sont pas ? »

Car derrière deux personnes tout aussi exigeantes peuvent se cacher des fonctionnements très différents. L'une cherche avant tout la maîtrise. Une autre redoute le jugement. Une troisième a appris très tôt que ses réussites lui apportaient reconnaissance et valorisation. Une autre encore supporte difficilement le sentiment de ne pas être à la hauteur de ses propres attentes.


Comprendre son perfectionnisme demande donc d'aller au-delà du comportement visible. Non pour chercher une cause unique qui expliquerait tout, mais pour comprendre progressivement ce que le fait de réussir, d'échouer ou de commettre une erreur a fini par signifier pour nous.



Être perfectionniste, est-ce simplement vouloir bien faire ?


Il est important de commencer par cette distinction, car l'exigence et le perfectionnisme sont souvent confondus.


Nous pouvons avoir des standards élevés sans être prisonniers de ces standards. Un sportif peut chercher à améliorer ses performances, un artisan vouloir réaliser un travail particulièrement soigné, un étudiant viser une excellente note ou un professionnel consacrer beaucoup d'énergie à un projet important. Dans toutes ces situations, l'exigence peut être stimulante. Elle pousse à apprendre, à progresser et à développer ses compétences.


La différence apparaît notamment dans la manière dont nous réagissons lorsque le résultat n'est pas celui que nous espérions.


Une personne exigeante peut être déçue d'avoir obtenu 14 alors qu'elle espérait 17. Mais elle reste capable de reconnaître ce qu'elle a réussi, de comprendre ses erreurs et de continuer. Le résultat apporte une information sur son travail.


Pour une personne très perfectionniste, ce même résultat peut prendre une signification beaucoup plus personnelle. Le 14 ne dit plus seulement quelque chose de la copie. Il peut devenir la preuve qu'elle n'a pas suffisamment travaillé, qu'elle aurait pu faire davantage ou qu'elle n'est finalement pas aussi compétente qu'elle devrait l'être.


La frontière entre ce que j'ai fait et ce que cela dit de moi devient alors beaucoup plus fine.


C'est une distinction que je trouve particulièrement importante pour comprendre le perfectionnisme. Nous ne souffrons pas nécessairement parce que nous avons des attentes élevées. Nous souffrons davantage lorsque le fait de ne pas les atteindre menace quelque chose de plus profond : notre sentiment de compétence, notre valeur personnelle, l'image que nous voulons donner ou la sécurité que nous procure le fait de maîtriser les choses.


C'est aussi pourquoi dire à une personne perfectionniste de « lâcher prise » ou de « se mettre moins de pression » fonctionne rarement. Elle sait souvent elle-même qu'elle en demande trop. Le problème n'est pas de comprendre intellectuellement qu'un résultat imparfait pourrait être acceptable. Le problème est ce que cette imperfection vient réveiller.



Objets parfaitement alignés sauf un, illustrant l’attention portée à l’imperfection dans le perfectionnisme


Le perfectionnisme n'a pas toujours le même visage


Lorsque l'on imagine une personne perfectionniste, on pense facilement à quelqu'un dont tout est parfaitement organisé, qui travaille énormément et ne laisse rien au hasard.


Cette image existe, mais elle est loin de résumer toutes les formes que peut prendre le perfectionnisme.


Certaines personnes sont effectivement très performantes. Elles anticipent, vérifient, travaillent beaucoup et obtiennent souvent d'excellents résultats. Leur perfectionnisme est visible parce qu'il se traduit par une recherche permanente d'amélioration.


Chez d'autres, il ressemble davantage à de la procrastination.


Cela peut sembler contradictoire. Pourtant, plus nous plaçons la barre haut, plus commencer devient difficile. Si un travail doit être exceptionnel, la première version paraît nécessairement insuffisante. Si nous devons maîtriser quelque chose avant de nous lancer, nous pouvons attendre très longtemps avant de nous sentir prêts. Et lorsqu'une tâche représente un enjeu important pour l'image que nous avons de nous-mêmes, la reporter permet aussi de repousser le moment où notre compétence sera réellement confrontée au résultat.


Le perfectionnisme peut également conduire à l'abandon. Une personne commence une activité avec enthousiasme, puis découvre qu'elle n'est pas immédiatement aussi bonne qu'elle l'espérait. Au lieu de traverser cette période normale d'apprentissage, elle perd progressivement son intérêt ou conclut que cette activité n'est pas faite pour elle. Ce qui ressemble à un manque de persévérance peut parfois être une difficulté à supporter le fait d'être débutant.


Chez certaines personnes, le perfectionnisme concerne principalement le travail. Chez d'autres, il apparaît dans l'apparence physique, les études, le sport, la parentalité, l'organisation de la maison ou même les relations. On peut vouloir être le collaborateur irréprochable, le parent qui ne se trompe jamais, le partenaire toujours disponible ou la personne capable de gérer toutes les situations sans jamais montrer de faiblesse.


Il existe enfin un perfectionnisme beaucoup plus discret : celui qui concerne ce que nous pensons devoir être, plutôt que ce que nous devons accomplir. Être toujours agréable. Toujours intéressant. Toujours compétent. Ne jamais déranger. Savoir quoi répondre. Ne pas montrer son stress. Ne pas décevoir.


Dans ce cas, ce n'est plus seulement notre travail que nous essayons de perfectionner.

C'est nous-mêmes.



Pourquoi certaines personnes deviennent-elles perfectionnistes ?


Il n'existe probablement pas une seule origine au perfectionnisme.


Comme beaucoup de nos façons de fonctionner, il se construit à la rencontre de plusieurs éléments : notre tempérament, les expériences que nous traversons, l'environnement dans lequel nous grandissons, les réactions des personnes importantes pour nous et les conclusions que nous tirons progressivement de tout cela.


Chez certaines personnes, la réussite a occupé très tôt une place importante. Elles ont peut-être grandi dans un environnement où les résultats scolaires, les performances ou le sérieux étaient fortement valorisés. Cela ne signifie pas nécessairement que leurs parents étaient froids ou excessivement exigeants. Parfois, les félicitations étaient simplement particulièrement présentes lorsque l'enfant réussissait. Il peut alors progressivement découvrir que la réussite est un moyen très efficace d'obtenir de l'attention, de la fierté ou de la reconnaissance.


Chez d'autres, le message était plus explicite. Une bonne note pouvait être accueillie par un « Et pourquoi pas 20 ? ». Une erreur était immédiatement relevée. La comparaison avec un frère, une sœur ou un camarade était fréquente. L'enfant pouvait alors apprendre que faire bien n'était jamais complètement suffisant puisqu'il existait toujours un niveau supérieur à atteindre.


Mais, là encore, il faut éviter les raccourcis. Tous les perfectionnistes n'ont pas grandi avec des parents exigeants.


Un enfant peut également développer lui-même des standards particulièrement élevés. Il peut être sensible au regard des autres, aimer profondément la sensation de réussir, mal supporter l'erreur ou découvrir que ses compétences lui donnent une place particulière dans son environnement. Être « celui qui réussit », « celle qui ne pose jamais de problème » ou « celui sur qui on peut compter » peut progressivement devenir une partie importante de son identité.


Le perfectionnisme peut aussi se développer dans un environnement plus instable. Lorsque certaines choses paraissent difficiles à maîtriser, contrôler ce qui dépend de soi peut apporter une forme de sécurité. Être irréprochable, anticiper, ne rien oublier ou ne laisser aucune place à l'erreur devient alors une manière de réduire l'incertitude.


Et il peut évidemment se renforcer bien après l'enfance. Un environnement professionnel très compétitif, des études particulièrement sélectives, une expérience humiliante, des critiques répétées ou une période pendant laquelle la réussite est devenue essentielle peuvent modifier progressivement le niveau d'exigence que nous nous imposons.


Là encore, l'événement ne suffit pas à expliquer ce qui se construit. Deux personnes peuvent recevoir la même critique et en tirer des conclusions très différentes. L'une se dira : « J'ai raté cette fois-ci. » L'autre pourra progressivement apprendre : « Je ne dois plus jamais laisser cette erreur se reproduire. »


Et c'est précisément ce deuxième mouvement qui nous rapproche du cœur du perfectionnisme : lorsque l'erreur cesse d'être une information pour devenir quelque chose dont il faut absolument se protéger.



Pourquoi l’erreur devient-elle si difficile à accepter ?


Faire une erreur est, en théorie, quelque chose de banal. Nous apprenons en essayant, en nous trompant, en corrigeant et en recommençant. Pourtant, pour une personne perfectionniste, l’erreur peut prendre une importance bien plus grande que ce qu’elle représente objectivement.


Le problème n’est pas toujours l’erreur elle-même.


C’est ce qu’elle semble révéler.


Il existe une différence profonde entre penser : « Je me suis trompé » et penser : « Je n’aurais pas dû me tromper. » Dans la première phrase, l’erreur appartient à une situation. Dans la seconde, elle devient presque une faute personnelle. Elle ne dit plus seulement quelque chose de ce qui s’est passé. Elle vient remettre en question la manière dont nous estimons devoir fonctionner.


C’est souvent ici que le perfectionnisme devient particulièrement exigeant. Il ne demande pas seulement de réussir. Il demande parfois de ne pas être pris en défaut.


Or, plus l’erreur devient menaçante, plus nous cherchons à la prévenir. Nous relisons plusieurs fois un message avant de l’envoyer. Nous préparons excessivement une présentation. Nous vérifions un travail qui était déjà correct. Nous hésitons à prendre une décision tant que nous ne sommes pas certains d’avoir envisagé toutes les possibilités.


Ces comportements peuvent sembler rationnels. Après tout, vérifier évite parfois réellement des erreurs. Préparer un rendez-vous important est utile. Relire un document avant de l’envoyer est une bonne habitude.


La difficulté apparaît lorsque la quantité d’énergie consacrée à éviter l’erreur devient disproportionnée par rapport à ses conséquences réelles.


Une faute dans un document peut alors être vécue comme si elle révélait un manque de sérieux. Une hésitation pendant une réunion peut donner l’impression d’avoir perdu toute crédibilité. Une remarque critique peut effacer, pendant plusieurs heures, tout ce qui avait pourtant été apprécié auparavant.


Je trouve cette distinction essentielle : ce n’est pas nécessairement l’erreur qui fait souffrir, mais la signification que nous lui attribuons.


Et cette signification peut varier considérablement d’une personne à l’autre.


Pour certains, faire une erreur signifie risquer d’être jugé. Pour d’autres, cela signifie perdre le contrôle. Pour d’autres encore, cela réveille une sensation beaucoup plus intime : celle de ne pas être à la hauteur.


Dans ce dernier cas, l’erreur touche directement l’image que l’on a de soi.


C’est pourquoi les phrases rationnelles du type « tout le monde fait des erreurs » ont parfois si peu d’effet. La personne perfectionniste le sait déjà. Elle n’a généralement pas besoin qu’on lui explique que personne n’est parfait. Ce qu’elle ressent est différent : les autres ont le droit de se tromper, mais moi, je devrais pouvoir éviter cette erreur-là.


Ce double standard est fréquent. Nous pouvons faire preuve d’une grande compréhension envers les imperfections des autres tout en appliquant à nous-mêmes des critères beaucoup plus sévères.


Un ami commet une erreur professionnelle ? Nous pensons qu’il est humain.Nous commettons la même ? Nous nous demandons comment nous avons pu être aussi négligents.


C’est là que l’exigence cesse d’être seulement tournée vers la qualité du travail. Elle commence à devenir une manière de se protéger d’un jugement intérieur particulièrement dur.



Si vous sentez que le perfectionnisme prend une place importante dans votre quotidien, il peut être utile d'explorer plus largement ce qui alimente ce phénomène — j'en parle plus en détail sur ma page consacrée à la confiance en soi.



Quand notre valeur personnelle finit par dépendre de ce que nous réussissons


Il est naturel d’être fier d’une réussite. Nous avons tous besoin, à certains moments, de sentir que nos efforts portent leurs fruits, que nous progressons ou que nous sommes capables de faire quelque chose de difficile.


Mais chez certaines personnes, la réussite finit par occuper une fonction beaucoup plus importante.


Elle ne procure plus seulement de la satisfaction.


Elle rassure.


Une bonne note, un compliment, une promotion, un projet réussi ou la reconnaissance d’un proche peuvent alors produire un soulagement très intense : je suis capable, je suis à la hauteur, j’ai bien fait.


Le problème est que ce soulagement ne dure pas toujours.


Quelques heures ou quelques jours plus tard, un nouvel objectif apparaît. La réussite précédente devient normale. Elle est intégrée comme quelque chose qui devait arriver. Et la question se déplace déjà vers la suite : Est-ce que je serai encore capable de faire aussi bien ?


C’est ainsi que l’on peut accumuler les réussites sans jamais construire un sentiment durable de compétence.


Ce phénomène peut sembler paradoxal. On pourrait penser que plus une personne réussit, plus elle devrait avoir confiance en elle. Pourtant, lorsque la valeur personnelle dépend fortement de la performance, chaque réussite devient aussi une nouvelle référence à maintenir.


Le niveau attendu augmente.


Ce qui était autrefois exceptionnel devient progressivement la norme.


Je vois souvent là l’un des pièges les plus discrets du perfectionnisme : la réussite apporte de la confiance, mais seulement à condition de continuer à réussir.


La sécurité reste donc fragile.


Si nous pensons valoir davantage lorsque nous sommes performants, que devient notre valeur lorsque nous échouons ? Lorsque nous sommes fatigués ? Lorsque nous rencontrons quelqu’un de meilleur que nous ? Lorsque nous traversons une période pendant laquelle nous ne pouvons tout simplement pas donner autant qu’avant ?


C’est précisément dans ces moments que le perfectionnisme peut devenir très douloureux.


Une personne habituée à être compétente peut vivre particulièrement difficilement une période de baisse de performance. Non seulement parce qu’elle obtient de moins bons résultats, mais parce qu’elle perd temporairement l’un des principaux moyens par lesquels elle se rassurait sur elle-même.


Cela peut arriver lors d’un changement de poste, d’une reprise d’études, d’une maladie, d’une naissance, d’un épuisement ou simplement lorsqu’on entre dans un environnement où les autres sont eux aussi très compétents.


Tout à coup, ce qui permettait autrefois de se sentir « bon » ne suffit plus.


Et lorsque la performance a longtemps servi de repère identitaire, cette situation peut devenir profondément déstabilisante.


C’est également ce qui explique pourquoi certains perfectionnistes minimisent leurs réussites. Ils les attribuent au travail, à la chance, au contexte ou au fait que la tâche n’était finalement pas si difficile. À l’inverse, leurs erreurs semblent beaucoup plus révélatrices.


Une réussite peut être considérée comme normale.


Une erreur devient une preuve.


Ce déséquilibre entretient naturellement l’impression qu’il faut continuer à faire davantage pour enfin se sentir suffisamment compétent.


Mais cette sensation de « suffisamment » recule à mesure que nous avançons.



Château de cartes en équilibre, symbolisant la pression liée à la performance et à l’exigence envers soi-même


Le regard des autres : faut-il être irréprochable pour être accepté ?


Le perfectionnisme est souvent associé au regard des autres, mais là encore, il faut éviter une explication trop simple.


Toutes les personnes perfectionnistes ne cherchent pas constamment l’approbation extérieure. Certaines peuvent même paraître très indépendantes du jugement d’autrui. Elles savent ce qu’elles veulent, possèdent leurs propres standards et se montrent beaucoup plus sévères envers elles-mêmes que ne le seraient les personnes qui les entourent.


Pour d’autres, en revanche, le regard extérieur joue un rôle important.


Elles veulent non seulement bien faire, mais éviter de décevoir.


Cette nuance change beaucoup de choses.


Lorsque nous craignons de décevoir, une erreur ne représente plus uniquement un résultat imparfait. Elle devient aussi un risque relationnel : celui que quelqu’un change de regard sur nous, nous trouve moins compétent, moins fiable, moins intéressant ou moins admirable que nous l’espérions.


Le perfectionnisme peut alors se glisser dans des situations qui n’ont rien à voir avec la performance au sens classique.


On veut préparer le repas parfait lorsque l’on reçoit des amis. Trouver le cadeau idéal. Être disponible lorsque quelqu’un a besoin de nous. Répondre de la bonne manière. Ne jamais paraître maladroit. Être suffisamment drôle, intéressant, cultivé ou attentionné.


L’objectif n’est plus seulement de réussir quelque chose.


Il devient parfois de contrôler l’impression que l’on produit.


Or, nous ne pouvons jamais contrôler complètement ce que les autres pensent de nous.


C’est ce qui rend cette forme de perfectionnisme particulièrement épuisante.


Nous pouvons préparer une présentation pendant des heures sans pouvoir garantir que tout le monde l’appréciera. Nous pouvons faire de notre mieux dans une relation sans pouvoir empêcher quelqu’un d’être déçu. Nous pouvons choisir chaque mot avec soin et malgré tout être mal compris.


Plus nous cherchons à éliminer totalement la possibilité d’un jugement négatif, plus nous nous attaquons à quelque chose qui, par définition, nous échappe en partie.


Le perfectionnisme devient alors une tentative de sécuriser une relation incertaine avec le regard extérieur.


Je trouve utile de rappeler ici que vouloir être apprécié est profondément humain. Nous avons besoin de reconnaissance, d’appartenance et de relations dans lesquelles nous nous sentons estimés. Le problème n’est pas ce besoin.


Le problème apparaît lorsque le droit d’être imparfait semble dépendre du fait d’être certain que l’autre continuera malgré tout à nous apprécier.


Certaines personnes préfèrent alors montrer uniquement ce qu’elles maîtrisent. Elles hésitent à demander de l’aide, à reconnaître une difficulté ou à se lancer dans quelque chose où elles pourraient paraître débutantes.


À force, elles peuvent donner l’impression d’être très sûres d’elles alors qu’elles consacrent en réalité énormément d’énergie à éviter les situations dans lesquelles leur image pourrait se fissurer.



Pourquoi le perfectionnisme conduit-il parfois à procrastiner ?


Le lien entre perfectionnisme et procrastination surprend souvent.


Nous imaginons volontiers le perfectionniste comme quelqu’un qui travaille toujours en avance, anticipe tout et ne laisse jamais rien au hasard. Pourtant, beaucoup de personnes perfectionnistes connaissent aussi très bien cette autre expérience : repousser pendant des jours une tâche importante tout en y pensant constamment.


Ce paradoxe devient beaucoup plus compréhensible lorsque l’on regarde ce que représente le fait de commencer.


Tant qu’un projet reste dans notre tête, il peut encore être excellent.


Nous pouvons imaginer le texte parfait, la présentation idéale, le projet professionnel ambitieux ou la décision parfaitement réfléchie. Rien ne vient encore confronter cette idée à la réalité.


Commencer, en revanche, signifie produire quelque chose d’imparfait.


Une première version est presque toujours moins bonne que ce que nous avions imaginé. Une compétence nouvelle nous rend maladroit. Une idée doit être simplifiée, modifiée ou parfois abandonnée lorsqu’elle rencontre les contraintes du réel.


Pour une personne capable de tolérer cette étape, ce n’est pas très grave. Elle sait qu’un premier jet n’est qu’un premier jet.


Pour une personne perfectionniste, cette confrontation peut être beaucoup plus inconfortable.


Plus le résultat attendu est élevé, plus la distance entre ce que nous imaginons et ce que nous sommes capables de produire immédiatement devient difficile à supporter.


Reporter la tâche permet alors, provisoirement, de ne pas affronter cet écart.


C’est pourquoi certaines personnes procrastinent surtout sur les projets qui comptent le plus pour elles.


Cela peut sembler illogique : si quelque chose est important, ne devrait-on pas justement s’y mettre plus tôt ?


Pas nécessairement.


Plus l’enjeu est important, plus le résultat peut sembler révélateur de nos capacités. Et plus le résultat devient personnel, plus il peut devenir tentant de retarder le moment où il sera réellement évalué.


Il existe même une autre fonction, particulièrement subtile, à la procrastination.


Attendre le dernier moment peut fournir une explication à un résultat imparfait.


Si je commence trois semaines avant et que mon travail est moyen, je risque de conclure que je ne suis pas aussi compétent que je le pensais.


Si je commence la veille et que mon travail est moyen, je peux me dire :


« Évidemment, je n’avais pas assez de temps. »


La contrainte protège alors partiellement l’image de mes capacités.


Et lorsque le résultat est malgré tout bon, le mécanisme peut devenir encore plus séduisant : « J’ai réussi alors que je m’y suis pris au dernier moment. »


La procrastination ne vient donc pas toujours d’un manque de motivation ou d’organisation. Elle peut parfois être une manière de se protéger de l’évaluation.


C’est aussi pourquoi dire simplement à quelqu’un de « mieux gérer son temps » ne résout pas forcément le problème. Si ce qui bloque n’est pas l’organisation mais la peur de produire quelque chose qui ne corresponde pas à ses attentes, un agenda parfaitement structuré ne supprimera pas cette difficulté.


Il faut pouvoir accepter une étape que le perfectionnisme déteste particulièrement :


faire quelque chose de moyen avant de pouvoir faire quelque chose de bon.


C’est pourtant ainsi que presque tout apprentissage fonctionne.



Pourquoi réussir ne suffit jamais longtemps


On pourrait penser que le perfectionnisme finit par s’apaiser lorsque les réussites s’accumulent.


Après tout, si une personne obtient régulièrement de bons résultats, reçoit des compliments, progresse dans son travail ou atteint les objectifs qu’elle s’était fixés, elle devrait finir par se dire qu’elle est suffisamment compétente.


Pourtant, ce n’est pas toujours ce qui se produit.


Chez certaines personnes perfectionnistes, la réussite procure effectivement du plaisir, mais ce plaisir est étonnamment bref. Très vite, ce qui était difficile devient normal. L’objectif atteint cesse d’être une preuve de compétence pour devenir simplement le niveau minimum attendu.


Ce déplacement est discret, mais essentiel.


Un examen réussi devient : « C’était normal, j’avais beaucoup travaillé. »


Une présentation appréciée devient : « Oui, mais j’aurais pu être plus clair sur cette partie. »


Une promotion devient : « Maintenant il faut prouver que je mérite vraiment ce poste. »


À chaque fois, la réussite pourrait venir assouplir l’exigence. Pourtant, elle produit parfois l’effet inverse : elle crée un nouveau standard à maintenir.


Le perfectionnisme possède ainsi une logique particulière dans laquelle presque tous les résultats peuvent finir par confirmer la nécessité de continuer à être exigeant.


Si je réussis, c’est parce que j’ai beaucoup travaillé, vérifié, anticipé ou refusé de me contenter d’un résultat moyen. Mon cerveau peut alors conclure que cette exigence était nécessaire.


Si j’échoue, je peux au contraire penser que je n’ai pas suffisamment travaillé, que je n’ai pas été assez vigilant ou que j’aurais dû faire davantage.


Dans les deux cas, la même conclusion peut apparaître :


je dois continuer à me mettre autant de pression.


Je trouve ce mécanisme particulièrement important parce qu’il explique pourquoi le perfectionnisme peut persister pendant des années même lorsque la personne sait qu’il l’épuise.


Ce fonctionnement lui apporte aussi de véritables bénéfices.


Il peut contribuer à d’excellents résultats. Il pousse à préparer, à progresser, à vérifier, à anticiper et parfois à dépasser ses propres limites. Il serait donc trop simple de présenter le perfectionnisme comme quelque chose d’entièrement négatif.


La difficulté est que la personne ne sait plus toujours quelle part de sa réussite vient réellement de ses compétences, de son expérience ou de son investissement raisonnable, et quelle part nécessite effectivement cette pression constante.


Elle peut alors développer une peur très compréhensible :


« Si je me relâche, est-ce que je vais devenir moins bon ? »


Cette question entretient fortement le perfectionnisme. Puisque la méthode a jusque-là permis d’obtenir de bons résultats, pourquoi prendre le risque de la changer ?


On retrouve ici un cercle assez caractéristique : des standards très élevés provoquent un investissement important. Cet investissement permet parfois de réussir. La réussite renforce l’idée que les standards élevés sont efficaces. Le niveau attendu reste donc identique, voire augmente.


Et si le résultat n’est pas satisfaisant, l’échec renforce lui aussi l’idée qu’il faut être encore plus vigilant.


La personne se retrouve alors dans une situation étrange : la réussite comme l’échec peuvent toutes deux nourrir le perfectionnisme.


C’est aussi ce qui explique pourquoi certaines réussites n’apportent jamais réellement le sentiment d’avoir « assez fait ». Le perfectionnisme ne fonctionne pas comme une ligne d’arrivée. Dès que nous approchons du niveau que nous pensions devoir atteindre, la ligne se déplace un peu plus loin.



Personne retravaillant plusieurs fois un document, illustrant le besoin de toujours faire mieux


Perfectionnisme, besoin de contrôle et anxiété : quels liens ?


Le perfectionnisme apparaît rarement complètement isolé de notre manière générale de gérer l’incertitude.


Lorsque nous préparons énormément, vérifions plusieurs fois ou essayons d’anticiper toutes les difficultés possibles, nous ne cherchons pas uniquement à produire un excellent résultat. Nous essayons parfois aussi de réduire ce que nous ne pouvons pas prévoir.


Bien faire devient alors une manière de sécuriser l’avenir.


Si je prépare parfaitement cette présentation, je réduis le risque d’être déstabilisé par une question.


Si je réfléchis suffisamment avant de prendre une décision, je diminue la possibilité de la regretter.


Si je vérifie chaque détail, je limite le risque qu’un problème apparaisse plus tard.


Ce raisonnement possède évidemment une part de vérité. Préparer et anticiper sont utiles. Mais le problème apparaît lorsque nous cherchons à supprimer presque entièrement l’incertitude.


Car aucune préparation ne permet de tout contrôler.


Une question inattendue peut toujours être posée. Une décision peut produire des conséquences que nous n’avions pas imaginées. Un projet très préparé peut rencontrer un imprévu. Une personne peut ne pas réagir comme nous l’espérions.


Le perfectionnisme peut alors devenir une tentative de rendre prévisible ce qui ne le sera jamais complètement.


C’est ici qu’il peut rejoindre le besoin de contrôle ou certains fonctionnements anxieux. Plus l’incertitude est inconfortable, plus la préparation, la vérification et l’anticipation peuvent apporter une sensation de sécurité.


Mais ces notions ne sont pas synonymes.


Une personne peut être perfectionniste sans être particulièrement anxieuse. Elle peut aimer profondément l’excellence, avoir des standards très élevés et être principalement guidée par ses propres attentes.


À l’inverse, une personne anxieuse peut chercher à contrôler certaines situations sans être perfectionniste dans son travail ou dans la manière dont elle se juge.


Les mécanismes peuvent cependant se renforcer mutuellement.


Lorsque l’anxiété augmente, le besoin de tout préparer peut devenir plus fort. Et lorsque le perfectionnisme nous convainc qu’il existe toujours une meilleure manière de prévoir les choses, l’incertitude peut devenir encore plus difficile à tolérer.


J’aime faire cette distinction parce qu’elle permet d’éviter un raccourci fréquent : tout perfectionnisme ne vient pas nécessairement d’une peur. Mais lorsqu’il sert à éviter l’erreur, l’imprévu ou le jugement, il peut progressivement devenir une manière de chercher de la sécurité.



Quand le perfectionnisme finit par coûter plus qu’il ne rapporte


Le perfectionnisme est souvent valorisé parce que ses bénéfices sont très visibles. Nous voyons le travail bien fait, la précision, les performances, le sens des responsabilités ou la capacité à aller jusqu’au bout d’un projet difficile.


Son coût, lui, l’est beaucoup moins.


Personne ne voit forcément les heures supplémentaires passées sur un détail que personne d’autre ne remarquera. Les pensées qui continuent après la fin de la journée. Le temps consacré à refaire mentalement une conversation, à vérifier une dernière fois ou à chercher encore ce qui pourrait être amélioré. De l’extérieur, une personne peut sembler simplement très consciencieuse. À l’intérieur, cette exigence peut demander une énergie considérable.


C’est souvent là que le perfectionnisme commence à devenir problématique : non pas parce que nous voulons faire les choses correctement, mais parce que nous avons de plus en plus de mal à décider quand il est raisonnable de s’arrêter.


Toutes les tâches finissent alors par être traitées avec un niveau d’attention relativement proche. Une présentation stratégique et un simple courriel peuvent demander presque la même vigilance. Un détail visible uniquement par soi-même peut mobiliser autant d’énergie qu’un élément essentiel du projet. Ce qui devrait être réservé aux situations réellement importantes devient progressivement une manière générale de fonctionner.


Le problème n’est donc plus seulement d’avoir des standards élevés. Il est de ne plus parvenir à adapter son niveau d’exigence à l’importance réelle de la situation.


Et lorsque ce fonctionnement se prolonge dans le temps, la fatigue peut naturellement s’accumuler.


Ce lien avec l’épuisement mérite d’être souligné. Certaines dimensions du perfectionnisme, notamment la peur de l’erreur, l’autocritique et le sentiment de ne jamais en faire assez, sont régulièrement associées au burn-out. Non pas parce que le perfectionnisme provoquerait à lui seul un épuisement professionnel, mais parce qu’il peut rendre plus difficile l’un des ajustements les plus importants face à une surcharge : accepter de ralentir.


Une personne perfectionniste peut continuer longtemps alors que ses ressources diminuent. Elle veut encore faire correctement, répondre présente, tenir ses engagements, ne pas décevoir et maintenir le niveau qu’elle a toujours réussi à tenir. Reconnaître qu’elle n’y arrive plus de la même manière peut être particulièrement difficile, car réduire son investissement risque d’être vécu comme un manque de sérieux, une faiblesse ou même un échec personnel.


Je trouve ce point important parce que le perfectionnisme peut brouiller la perception de nos propres limites. Ce que nous identifierions immédiatement comme de la surcharge chez quelqu’un d’autre peut devenir, lorsqu’il s’agit de nous-mêmes : « Je dois simplement mieux m’organiser », « cette période va passer » ou « je dois encore tenir un peu ».


Le problème est que les périodes exigeantes ne s’arrêtent pas toujours lorsque nous l’avions prévu. Un projet se termine, un autre commence. Une urgence est remplacée par une nouvelle priorité. Et si nous ne savons ralentir que lorsque tout sera enfin terminé, nous risquons d’attendre très longtemps.


Le perfectionnisme ne suffit évidemment pas à expliquer un burn-out. La charge de travail, le manque d’autonomie, l’organisation, le soutien disponible, les conflits ou le contexte professionnel jouent un rôle essentiel. Mais lorsqu’un environnement durablement exigeant rencontre une personne qui a déjà beaucoup de mal à s’autoriser à faire moins, à dire non ou à considérer qu’un travail est suffisamment bon, le risque d’épuisement peut devenir plus important.


Le coût du perfectionnisme ne se limite d’ailleurs pas à la fatigue.


Il peut aussi nous priver d’une partie du plaisir lié à la réussite. Lorsque notre attention se tourne immédiatement vers ce qui manque, nous profitons rarement pleinement de ce qui a été accompli. Un objectif atteint devient rapidement un nouveau point de départ. Une amélioration est suivie d’une nouvelle comparaison. Ce qui devait procurer de la satisfaction ressemble alors à une course dont la ligne d’arrivée recule au fur et à mesure que nous avançons.


Les relations peuvent également être touchées.


Une personne très exigeante envers elle-même peut, parfois sans le vouloir, appliquer les mêmes standards aux autres. Elle peut avoir du mal à déléguer parce qu’elle pense que les choses ne seront pas faites correctement, reprendre un travail déjà réalisé ou préférer finalement tout faire elle-même.


Chez d’autres personnes, l’exigence reste principalement tournée vers soi, mais elle affecte malgré tout la relation : moins de disponibilité, difficulté à décrocher du travail, fatigue permanente ou sentiment de ne jamais avoir suffisamment de temps pour profiter réellement des autres.


Et il existe un coût encore plus discret : le perfectionnisme peut progressivement réduire notre liberté d’expérimenter.


Apprendre quelque chose de nouveau suppose nécessairement une période pendant laquelle nous ne sommes pas très bons. Commencer une activité signifie accepter de ne pas maîtriser immédiatement. Lancer un projet implique parfois de montrer une version encore imparfaite. Poser une question signifie reconnaître que nous ne savons pas.


Or, lorsque notre sentiment de compétence compte énormément dans l’image que nous avons de nous-mêmes, toutes ces situations peuvent devenir particulièrement inconfortables.


Nous pouvons alors rester dans les domaines que nous maîtrisons déjà, choisir les projets dans lesquels nous avons de fortes chances de réussir, refuser une opportunité parce que nous ne nous sentons pas encore prêts ou abandonner une activité avant même d’avoir eu le temps d’apprendre.


À force de vouloir éviter l’échec, nous finissons parfois par éviter exactement les situations qui permettent de progresser.


C’est l’un des paradoxes que je trouve les plus intéressants dans le perfectionnisme : en cherchant constamment à protéger l’image de nos compétences, nous pouvons finir par limiter les expériences qui nous permettraient justement d’en développer de nouvelles.



Peut-on être ambitieux sans être perfectionniste ?


C’est souvent l’une des inquiétudes les plus fortes lorsqu’on commence à remettre en question son perfectionnisme.


« Si j’arrête de me mettre autant de pression, est-ce que je vais encore avancer ? »


Pour une personne qui a longtemps associé son exigence à sa réussite, cette question est parfaitement logique.


Si je suis devenu compétent parce que j’ai toujours beaucoup travaillé, pourquoi abandonner ce qui semble avoir fonctionné ?


Mais travailler sur son perfectionnisme ne signifie pas renoncer à l’ambition.


Il ne s’agit pas de faire les choses à moitié, de devenir indifférent à la qualité ou de se convaincre que tout résultat se vaut.


Il s’agit plutôt de changer la fonction de l’exigence.


Une exigence saine peut nous pousser à progresser tout en nous laissant suffisamment de souplesse pour apprendre.


Nous pouvons viser un excellent résultat tout en sachant qu’un résultat simplement bon reste acceptable.


Nous pouvons être déçus d’une erreur sans considérer qu’elle remet en question notre valeur.


Nous pouvons chercher à progresser sans avoir besoin d’être immédiatement compétents.


J’aime résumer cette différence ainsi :


L’exigence cherche à progresser. Le perfectionnisme cherche parfois à ne jamais être pris en défaut.


Dans le premier cas, l’erreur peut faire partie du processus.


Dans le second, elle devient précisément ce que nous essayons d’éviter.


Cette différence change profondément notre manière de travailler.


Une personne ambitieuse mais suffisamment flexible peut décider qu’un projet mérite une très grande attention, puis qu’une autre tâche peut être faite plus simplement. Elle sait que toutes les situations ne demandent pas la même énergie.


Elle peut également prendre des risques.


Essayer quelque chose dont elle ne connaît pas l’issue.


Demander de l’aide.


Se confronter à quelqu’un de plus compétent.


Accepter une opportunité avant de se sentir parfaitement prête.


L’ambition n’a donc pas besoin de disparaître lorsque le perfectionnisme s’assouplit.


Elle peut même devenir plus efficace, parce qu’elle n’est plus constamment freinée par la nécessité de tout maîtriser avant d’agir.



Poterie artisanale légèrement imparfaite, illustrant qu’un résultat peut avoir de la valeur sans être parfait


Comment sortir progressivement du perfectionnisme ?


Il serait tentant de répondre : « Il faut accepter de ne pas être parfait. »


Le problème est qu’une personne perfectionniste le sait généralement déjà.


Elle sait intellectuellement qu’aucun être humain n’est parfait. Elle sait que certaines vérifications sont inutiles, qu’elle passe parfois trop de temps sur des détails et qu’elle pourrait probablement être moins sévère envers elle-même.


La difficulté n’est donc pas seulement de comprendre qu’il faudrait changer.


Elle est d’apprendre à vivre différemment certaines situations.


Cela passe notamment par la capacité à distinguer l’importance réelle d’une tâche du niveau d’exigence que nous lui imposons spontanément.


Toutes les situations ne méritent pas notre meilleur niveau de performance.


Certaines méritent notre excellence.


D’autres méritent simplement d’être terminées.


Cette idée peut être difficile à accepter au début. Faire quelque chose « suffisamment bien » peut donner l’impression de bâcler. Pourtant, il existe une différence considérable entre faire quelque chose négligemment et décider consciemment qu’un niveau de qualité est suffisant pour l’enjeu réel.


Apprendre à terminer est également essentiel.


Le perfectionnisme peut toujours trouver une amélioration supplémentaire. Une phrase à reformuler, un détail à vérifier, une autre possibilité à envisager.


Il faut donc parfois apprendre à décider que la tâche est finie avant d’en ressentir totalement la certitude.


Cela demande aussi de changer progressivement notre relation avec l’erreur.


Non pas en cherchant à aimer se tromper, mais en cessant de considérer chaque erreur comme quelque chose qui aurait absolument dû être évité.


Une erreur peut être désagréable.


Elle peut avoir des conséquences.


Elle peut demander une correction.


Mais elle peut aussi rester une erreur sans devenir un jugement global sur nous-mêmes.

Cela paraît simple écrit ainsi. En réalité, cette distinction peut demander du temps lorsqu’on a passé des années à associer compétence et absence d’erreur.


Il peut également être utile de s’exposer progressivement à de petites imperfections.


Envoyer un message sans le relire cinq fois.


Partager un travail qui pourrait encore être légèrement amélioré.


Commencer une activité dans laquelle on sait que l’on sera débutant.


Demander de l’aide sur quelque chose que l’on aurait préféré savoir faire seul.


L’objectif n’est pas de provoquer volontairement des échecs importants. Il est de permettre à notre cerveau d’expérimenter quelque chose de nouveau : l’imperfection peut être inconfortable sans nécessairement produire les conséquences que nous redoutions.


Enfin, sortir du perfectionnisme implique souvent d’apprendre à reconnaître ses réussites autrement.


Pas uniquement pour se féliciter davantage, mais pour éviter que notre attention transforme automatiquement chaque réussite en nouvelle obligation.


Pouvoir penser :


« J’ai bien fait cela. »


et s’arrêter là.


Sans immédiatement ajouter :


« Mais la prochaine fois… »


Cela peut sembler presque insignifiant.


Pourtant, apprendre à laisser une réussite exister sans la transformer immédiatement en nouveau standard constitue parfois un changement profond.



Quand se faire accompagner pour son perfectionnisme ?


Être perfectionniste ne signifie pas nécessairement avoir besoin d’un accompagnement. L’exigence peut être une véritable force lorsqu’elle nous aide à progresser, à nous investir dans ce qui compte pour nous et à produire un travail dont nous sommes fiers.


La question se pose davantage lorsque cette exigence commence à prendre trop de place. Lorsque nous passons beaucoup plus de temps que nécessaire sur certaines tâches, que nous procrastinons par peur de ne pas être à la hauteur, que la moindre erreur provoque une remise en question importante ou que nous avons constamment le sentiment de devoir faire davantage pour être satisfaits de nous-mêmes, le perfectionnisme peut devenir davantage une source de pression qu’un moteur.


Il peut également être utile de s’y intéresser lorsque nous avons du mal à ralentir malgré la fatigue, à poser nos limites ou à accepter que certaines choses puissent simplement être suffisamment bien. Comme nous l’avons vu, cette difficulté à relâcher son niveau d’exigence peut devenir particulièrement coûteuse lorsqu’elle s’installe dans un contexte professionnel déjà très exigeant.


Comprendre intellectuellement son perfectionnisme est une première étape, mais cela ne suffit pas toujours à modifier ce que l’on ressent. On peut parfaitement savoir que l’on se met trop de pression, que cette erreur n’est pas grave ou que personne ne nous demande d’être irréprochable, tout en continuant à ressentir intérieurement la nécessité de faire mieux.


Dans ma pratique, j’utilise notamment l’hypnose et la sophrologie pour accompagner les personnes qui souhaitent travailler sur cette exigence excessive, sur la peur de l’erreur ou du jugement, sur le besoin de contrôle et sur les réactions émotionnelles qui peuvent se déclencher lorsqu’elles ont le sentiment de ne pas être à la hauteur. L’objectif n’est pas de devenir moins ambitieux ou moins consciencieux, mais de pouvoir conserver son exigence sans qu’elle devienne une pression permanente.


Je vous accompagne dans mon cabinet à Limours, en Essonne, ainsi qu’en visioconférence. Je reçois également des personnes venant des communes voisines, notamment Briis-sous-Forges, Forges-les-Bains, Gometz-la-Ville, Gif-sur-Yvette, Les Ulis, Saint-Rémy-lès-Chevreuse, ainsi que plus largement de l’Essonne et des Yvelines.


Si vous avez l’impression que votre besoin de toujours bien faire vous empêche parfois de profiter de ce que vous accomplissez, de vous autoriser à ralentir ou simplement d’accepter de ne pas tout réussir parfaitement, un accompagnement peut permettre de comprendre ce qui entretient cette exigence et de construire progressivement une manière plus souple de fonctionner, sans renoncer à ce qui fait aussi votre force.



En conclusion : faire de son exigence une force sans en devenir prisonnier


Le perfectionnisme est parfois difficile à remettre en question parce qu’il fait partie de ce qui nous a permis de réussir.


Il nous a peut-être appris à travailler sérieusement, à progresser, à anticiper et à ne pas abandonner facilement. Il a pu nous apporter de la reconnaissance, de la compétence et même une certaine confiance.


C’est pourquoi il serait injuste de le considérer uniquement comme un défaut.


La question n’est pas de savoir s’il faut devenir moins exigeant.


Elle est de savoir ce que cette exigence nous coûte et surtout ce qu’elle essaie de protéger.


Si chaque erreur devient un jugement sur nous-mêmes, si chaque réussite doit immédiatement être reproduite, si nous devons être certains de réussir avant d’essayer ou si notre valeur semble dépendre de notre capacité à ne jamais décevoir, alors le besoin de bien faire a probablement pris une place qui dépasse largement la recherche de qualité.


Je crois que l’un des changements les plus importants consiste alors à recréer une séparation entre ce que nous produisons et ce que nous sommes.


Nous pouvons faire quelque chose de remarquable sans devenir plus précieux pour autant.


Nous pouvons échouer sans devenir moins capables.


Nous pouvons être débutants sans être incompétents.


Nous pouvons décevoir quelqu’un sans être décevants.


Et nous pouvons parfois faire suffisamment bien sans que cela signifie renoncer à progresser.


Le contraire du perfectionnisme n’est donc pas la médiocrité.


C’est la liberté de pouvoir essayer, apprendre, réussir et parfois se tromper sans que chaque résultat devienne un jugement sur soi.



Pour aller plus loin


Si votre perfectionnisme s’accompagne d’un besoin important d’anticiper les imprévus et de maîtriser les situations, vous pouvez poursuivre avec « Pourquoi ai-je besoin de tout contrôler ? Et si ce besoin cherchait avant tout à vous protéger... », consacré aux mécanismes qui peuvent se cacher derrière la recherche de contrôle.


Si votre exigence s’inscrit dans un état d’inquiétude plus général, l’article pilier « Pourquoi suis-je toujours anxieux(se) ? Comprendre ce qui entretient votre anxiété » permet d’explorer plus précisément le fonctionnement de l’anxiété.


Enfin, si votre esprit anticipe régulièrement les erreurs, les difficultés ou les conséquences négatives d’une situation, vous pouvez lire « Pourquoi j’imagine toujours le pire ? », qui explique pourquoi certaines personnes ont davantage tendance à construire des scénarios négatifs face à l’incertitude.




Questions fréquentes


Le perfectionnisme est-il lié au syndrome de l’imposteur ?


Les deux peuvent se retrouver ensemble, mais ils ne sont pas synonymes. Une personne qui doute de sa légitimité peut chercher à produire un travail irréprochable pour éviter d’être « démasquée », tandis qu’une personne perfectionniste peut parfaitement se sentir légitime tout en supportant très mal l’erreur.


Le perfectionnisme peut-il cacher un manque de confiance en soi ?


Parfois, mais pas systématiquement. Chez certaines personnes, réussir et éviter l’erreur permettent de préserver une image positive d’elles-mêmes. Chez d’autres, le perfectionnisme est davantage lié au contrôle, à des standards personnels très élevés ou au regard extérieur. Il n’existe donc pas une seule explication.


Pourquoi suis-je perfectionniste pour certaines choses et pas pour d’autres ?


Le perfectionnisme apparaît souvent davantage dans les domaines auxquels nous accordons une forte importance. Une personne peut, par exemple, accepter facilement une erreur en cuisine mais vivre très difficilement une erreur professionnelle si sa compétence au travail occupe une place importante dans l’image qu’elle a d’elle-même.



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