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Pourquoi ai-je peur de décevoir ?

Kristina Salion
7 sept.
11 min de lecture

« Je ne veux pas te décevoir. »


Cette phrase peut sembler anodine. Pourtant, chez certaines personnes, elle influence une quantité étonnante de décisions.


Accepter une demande alors que l'on aurait préféré refuser. Hésiter longtemps avant d'annoncer un choix à ses parents. Ne pas oser revenir sur un engagement. Se sentir coupable après avoir posé une limite pourtant légitime. Continuer à faire quelque chose qui ne nous convient plus simplement parce que quelqu'un compte sur nous.


Dans toutes ces situations, ce n'est pas nécessairement le conflit que l'on redoute le plus. C'est parfois quelque chose de beaucoup plus subtil : voir la déception apparaître chez l'autre et avoir le sentiment d'en être responsable.


Une remarque comme « Ah… je pensais que tu viendrais » peut alors suffire à provoquer un véritable malaise. Même lorsque nous savons rationnellement que nous avons le droit de faire un autre choix, une autre partie de nous murmure : Tu aurais peut-être dû faire autrement.


C'est ce mécanisme que je vous propose de comprendre dans cet article. Car derrière la peur de décevoir se joue souvent une question essentielle : jusqu'où sommes-nous responsables de ce que les autres ressentent face à nos choix ?


Femme réfléchissant aux attentes des autres et à ses propres choix face à la peur de décevoir.


Que signifie réellement avoir peur de décevoir ?


Avoir peur de décevoir ne signifie pas simplement être attentif aux autres.


Il est parfaitement normal de tenir compte des personnes que nous aimons, de vouloir respecter nos engagements ou d'être affecté lorsque nous avons réellement blessé quelqu'un. Nos relations reposent aussi sur notre capacité à considérer les besoins et les émotions de ceux qui nous entourent.


La difficulté apparaît lorsque la déception de l'autre devient, en elle-même, quelque chose qu'il faudrait absolument éviter.


Imaginons que vous ayez accepté depuis plusieurs semaines de participer à un événement familial. Quelques jours avant, vous réalisez que vous êtes épuisé et que vous auriez réellement besoin de rester chez vous. Vous pourriez décider de ne pas y aller, prévenir les personnes concernées et accepter qu'elles soient éventuellement déçues.


Mais lorsque la peur de décevoir est importante, les choses se compliquent.


Vous imaginez la réaction de votre famille. Vous cherchez une justification suffisamment « valable ». Vous vous demandez si vous êtes égoïste. Vous envisagez finalement d'y aller malgré votre fatigue. Et si vous décidez tout de même de rester chez vous, vous pouvez passer une partie de la soirée à culpabiliser.


Le problème n'est donc pas uniquement de savoir poser une limite.


Il réside aussi dans notre capacité à supporter émotionnellement que cette limite ne plaise pas à quelqu'un.


Et cette distinction est fondamentale.



Pourquoi la déception des autres peut-elle être si difficile à supporter ?


La déception est une émotion ordinaire dans une relation.


Nous décevons parfois les autres, et les autres nous déçoivent également. Nos besoins, nos envies et nos priorités ne peuvent pas toujours coïncider.


Pourtant, nous ne vivons pas tous ces moments avec la même intensité.


Chez certaines personnes, percevoir de la déception chez quelqu'un déclenche presque immédiatement une remise en question personnelle. L'esprit ne se contente pas d'enregistrer : Cette personne aurait préféré que je fasse autrement.


Il traduit parfois la situation de manière beaucoup plus personnelle :


J'ai fait quelque chose de mal.


Je suis égoïste.


Elle va m'en vouloir.


Elle ne pourra plus compter sur moi.


Elle va changer de regard sur moi.


La déception devient alors difficile à distinguer du reproche, du rejet ou de la faute.


C'est souvent là que se trouve le cœur du problème.


Nous accordons naturellement beaucoup d'importance à la manière dont nous sommes perçus par les personnes qui comptent pour nous. L'appartenance, la reconnaissance et la qualité de nos liens participent à notre sentiment de sécurité.


Mais lorsque cette sensibilité devient particulièrement forte, une réaction négative chez l'autre peut être vécue comme une menace pour la relation elle-même.


Ce n'est plus simplement :


« Il est déçu. »


Cela devient :


« Il est déçu à cause de moi, donc je dois faire quelque chose pour réparer la situation. »



Deux cartes illustrant la différence entre décevoir quelqu'un et lui faire du tort.


Quand nous nous sentons responsables des émotions des autres


C'est un mécanisme que je trouve particulièrement important à comprendre lorsqu'on parle de peur de décevoir.


Nous avons évidemment une responsabilité dans la manière dont nous nous comportons avec les autres. Si nous mentons, humilions quelqu'un, ne respectons pas volontairement un engagement important ou agissons sans considération pour ses besoins, nos actes ont des conséquences dont nous devons pouvoir tenir compte.


Mais être responsable de nos comportements ne signifie pas être responsable de toutes les émotions que nos choix provoquent chez les autres.


Une personne peut être déçue par une décision parfaitement légitime.


Votre employeur peut être déçu que vous refusiez une mission supplémentaire.


Un ami peut être déçu que vous ne soyez pas disponible ce week-end.


Vos parents peuvent être déçus par un choix professionnel qu'ils n'auraient pas fait à votre place.


Votre partenaire peut être déçu que vous ayez envie de passer une soirée seul.


Cette émotion lui appartient. Elle ne prouve pas automatiquement que votre décision était mauvaise.


Or, lorsqu'on a très peur de décevoir, cette frontière devient floue.


On ressent la déception de l'autre comme une sorte de signal indiquant qu'il faut revenir sur son choix. On explique davantage. On se justifie. On s'excuse alors que l'on n'a rien fait de mal. On propose immédiatement une compensation.


Parfois, on finit simplement par céder.


À court terme, cela fonctionne : l'autre est satisfait et notre culpabilité diminue.


Mais à long terme, nous pouvons progressivement apprendre une règle très contraignante : pour être en paix, il faut que les autres soient satisfaits de nos décisions.


Et cette condition est impossible à garantir.



D'où peut venir la peur de décevoir ?


Il n'existe pas une origine unique à la peur de décevoir.


Chez certaines personnes, elle s'est construite très progressivement au fil de leur histoire.


Un enfant peut par exemple avoir beaucoup été valorisé pour sa réussite, son sérieux, sa maturité ou sa capacité à ne pas poser de problème. Il peut progressivement comprendre qu'être « celui qui fait bien », « celle sur qui on peut compter » ou « celui qui ne crée jamais de difficultés » lui permet d'obtenir de la reconnaissance.


Dans d'autres familles, les réactions émotionnelles peuvent avoir été particulièrement difficiles à anticiper. Une erreur, un refus ou une mauvaise note entraînaient parfois de longues remarques, du silence, de la colère ou une atmosphère pesante. L'enfant peut alors apprendre à surveiller très attentivement les réactions des autres afin d'éviter ce type de situation.


Il existe encore de nombreux autres parcours.


Certaines personnes ont été responsabilisées très tôt. D'autres ont grandi avec un parent fragile dont elles essayaient de préserver les émotions. Certaines ont vécu des relations dans lesquelles exprimer leurs besoins provoquait systématiquement un conflit ou une culpabilisation.


Et parfois, aucune histoire spectaculaire n'existe.


Une multitude de petites expériences peuvent suffire à construire progressivement l'idée qu'il est préférable de ne pas décevoir.


Cela ne signifie pas que toute peur de décevoir trouve son origine dans l'enfance, ni qu'il faille absolument identifier un événement précis pour pouvoir évoluer. Notre tempérament, nos relations actuelles et les expériences vécues à l'âge adulte participent également à notre manière de réagir.


L'essentiel est plutôt de comprendre ce que notre esprit associe aujourd'hui au fait de décevoir quelqu'un.



Pourquoi la peur de décevoir est-elle si épuisante ?


Lorsque nous essayons en permanence d'éviter la déception des autres, nous devons anticiper énormément de choses.


Comment cette personne va-t-elle réagir ?


Est-ce que mon refus va la vexer ?


Est-ce que j'aurais dû répondre autrement ?


Est-ce que je dois expliquer davantage ma décision ?


Est-ce qu'elle m'en veut ?


Cette surveillance peut devenir particulièrement fatigante parce qu'elle ne concerne pas seulement ce que nous faisons. Elle concerne aussi ce que les autres pourraient penser de ce que nous faisons.


Nous essayons alors de gérer simultanément nos décisions et leurs réactions.


Cette peur peut aussi nous conduire à prendre davantage d'engagements que nous ne pouvons réellement en assumer. Nous acceptons une tâche supplémentaire, rendons un service, maintenons une invitation ou continuons à être disponibles alors que notre énergie diminue.


Le risque est de devenir extrêmement fiable pour les autres tout en étant de moins en moins attentif à soi.


À force, certaines personnes ressentent de la fatigue, de la frustration ou même de la colère. Non nécessairement contre leur entourage, mais parce qu'elles ont le sentiment de toujours devoir répondre présent.


Et il existe un paradoxe : les autres ne savent pas toujours qu'un sacrifice a été fait.


Si vous dites systématiquement oui sans exprimer vos limites, votre entourage peut simplement penser que cela vous convient.



Peur de décevoir : quelques idées reçues


« Si quelqu'un est déçu par moi, c'est que j'ai mal agi »


Pas nécessairement.


La déception indique avant tout qu'il existait une différence entre ce que quelqu'un espérait et ce qui s'est réellement produit.


Parfois, cette différence vient effectivement d'un comportement dont nous devons prendre la responsabilité. Mais elle peut aussi simplement provenir de deux besoins incompatibles.


Vous pouvez prendre une décision juste pour vous et décevoir quelqu'un malgré tout.

Les deux réalités peuvent coexister.


« Si je tiens vraiment à quelqu'un, je ne devrais pas le décevoir »


Aimer quelqu'un ne signifie pas pouvoir répondre à toutes ses attentes.

Une relation dans laquelle aucune déception ne serait jamais possible nécessiterait que les deux personnes souhaitent constamment les mêmes choses, au même moment. Ce n'est tout simplement pas réaliste.


Une relation suffisamment solide peut aussi traverser les désaccords, les frustrations et les déceptions ponctuelles.


« Je suis simplement quelqu'un de gentil »


La gentillesse consiste à tenir compte de l'autre.


La peur de décevoir commence plutôt lorsque nous ne nous sentons plus réellement libres de faire autrement.


Une question peut aider à distinguer les deux :


« Si j'étais certain que cette personne ne serait pas déçue, est-ce que je ferais quand même ce choix ? »


Lorsque la réponse est non, il peut être intéressant de regarder ce qui motive réellement notre décision.


« Je dois apprendre à ne plus me soucier du regard des autres »


Ce n'est pas forcément l'objectif.


Nous sommes des êtres relationnels. Il est normal que l'opinion et les émotions des personnes importantes pour nous comptent.


L'enjeu consiste plutôt à pouvoir en tenir compte sans leur donner systématiquement le dernier mot sur nos propres décisions.



Femme contemplant un paysage paisible après avoir choisi de respecter ses besoins et ses limites.


Peur de décevoir et confiance en soi



La peur de décevoir entretient souvent une relation particulière avec la confiance en soi.


Lorsque nous faisons confiance à notre propre jugement, nous pouvons écouter l'avis des autres sans nécessairement abandonner notre décision dès qu'elle provoque une réaction négative.


À l'inverse, lorsque nous doutons beaucoup de notre légitimité, la déception de quelqu'un peut rapidement devenir une preuve que nous avons fait le mauvais choix.


C'est particulièrement visible après avoir posé une limite.


Sur le moment, nous étions certains d'en avoir besoin. Puis l'autre manifeste sa frustration et, soudain, nous ne savons plus.


Est-ce que j'exagère ?


Est-ce que j'aurais pu faire un effort ?


Est-ce que je suis trop égoïste ?


Le problème n'est alors pas seulement la peur du regard extérieur. C'est aussi la difficulté à rester fidèle à son propre ressenti lorsque celui-ci entre en contradiction avec celui d'une autre personne.


Développer davantage de confiance en soi ne signifie donc pas devenir certain d'avoir toujours raison. Il s'agit aussi d'accepter que l'on puisse prendre une décision réfléchie sans obtenir l'approbation de tout le monde.


C'est notamment ce que je développe dans ma rubrique consacrée à la confiance en soi : retrouver confiance ne consiste pas seulement à se sentir plus sûr de soi, mais aussi à apprendre à reconnaître la légitimité de ses ressentis, de ses besoins et de ses choix, même lorsqu'ils ne correspondent pas aux attentes des autres.



Peut-on apprendre à moins craindre de décevoir ?


Oui, mais l'objectif n'est probablement pas de devenir totalement indifférent à la déception des autres.


Il s'agit plutôt d'apprendre progressivement à la tolérer lorsqu'elle est la conséquence normale d'une limite, d'un désaccord ou d'un choix personnel.



Distinguer décevoir et faire du tort


C'est probablement l'une des distinctions les plus importantes.


Avant de revenir sur une décision parce qu'une personne semble déçue, demandez-vous :


« Est-ce que je lui fais réellement du tort, ou est-ce simplement que ma décision ne correspond pas à ce qu'elle aurait souhaité ? »


La réponse peut changer complètement la manière dont vous vivez la situation.



Ne pas chercher immédiatement à faire disparaître la déception


Lorsque nous voyons quelqu'un contrarié, notre premier réflexe peut être de réparer.


Nous ajoutons des explications. Nous proposons autre chose. Nous revenons sur notre décision.


Essayer, de temps en temps, de ne pas intervenir immédiatement permet de découvrir quelque chose d'important : une personne peut être momentanément déçue et la relation peut malgré tout rester parfaitement intacte.



Observer les scénarios que votre esprit imagine


Que craignez-vous réellement lorsque vous décevez quelqu'un ?


Qu'il soit en colère ?


Qu'il vous trouve égoïste ?


Qu'il ne vous aime plus autant ?


Qu'il cesse de compter sur vous ?


La peur de décevoir devient souvent plus compréhensible lorsque l'on identifie la conséquence que notre esprit essaie réellement d'éviter.



Commencer par de petites situations


Il n'est pas nécessaire de bouleverser toutes ses relations du jour au lendemain.


Une petite limite peut déjà constituer une expérience importante : décliner une invitation, ne pas répondre immédiatement à une demande, choisir le restaurant que vous préférez ou maintenir un refus sans fournir cinq justifications.


Ces situations permettent progressivement d'expérimenter une réalité différente : la déception n'entraîne pas nécessairement le rejet, le conflit ou la rupture du lien.



Quand se faire accompagner ?


La peur de décevoir devient particulièrement problématique lorsqu'elle commence à déterminer une grande partie de vos choix.


Vous avez peut-être du mal à poser des limites, même lorsque vous êtes épuisé. Vous culpabilisez longtemps après avoir dit non. Vous prenez régulièrement des décisions en fonction de ce que votre entourage pourrait penser. Ou vous avez parfois le sentiment de ne plus savoir ce que vous voulez réellement tant vous êtes habitué à tenir compte des attentes des autres.


Dans ces situations, un accompagnement peut permettre de comprendre ce qui rend la déception si difficile à supporter.


Je ne cherche pas à apprendre aux personnes que j'accompagne à devenir indifférentes aux autres. L'objectif est plutôt de retrouver un équilibre : pouvoir rester attentif à ceux qui nous entourent tout en reconnaissant que leurs émotions ne peuvent pas déterminer chacune de nos décisions.


Selon les besoins, l'hypnose peut notamment permettre de travailler sur certains mécanismes émotionnels profondément installés, tandis que la sophrologie peut aider à diminuer la tension et l'anticipation qui apparaissent lorsqu'il devient nécessaire de poser une limite ou d'assumer un choix.



Prendre rendez-vous


Si vous avez le sentiment que la peur de décevoir vous conduit régulièrement à mettre vos propres besoins de côté, je vous accompagne en hypnose et sophrologie à Limours, en Essonne (91).


Les séances peuvent également avoir lieu en visioconférence.


L'objectif est de comprendre progressivement ce qui se joue derrière cette peur afin de retrouver davantage de liberté dans vos choix, sans avoir besoin de devenir quelqu'un de moins attentif ou de moins sensible aux autres.



Pour aller plus loin


Si cette peur de décevoir vous parle, d'autres mécanismes peuvent également être intéressants à explorer :




Questions fréquentes


Pourquoi est-ce que je culpabilise autant lorsque quelqu'un est déçu par moi ?


La culpabilité apparaît normalement lorsque nous pensons avoir fait quelque chose de mal. Mais elle peut aussi se déclencher alors que nous avons simplement pris une décision qui ne convient pas à quelqu'un. Chez les personnes qui ont très peur de décevoir, cette frontière peut être particulièrement difficile à percevoir. Le travail consiste alors notamment à distinguer ce qui relève réellement de notre responsabilité de ce qui appartient aux attentes et aux émotions de l'autre.


Peut-on avoir peur de décevoir seulement certaines personnes ?


Oui. Cette peur peut être particulièrement intense face à un parent, un partenaire, un supérieur hiérarchique ou toute personne dont l'approbation revêt une importance particulière. Une même personne peut ainsi poser facilement ses limites dans certaines relations et se sentir extrêmement coupable dans d'autres. Observer auprès de qui cette peur apparaît peut d'ailleurs donner des indications intéressantes sur ce qui la déclenche.


Quelle est la différence entre avoir peur de décevoir et vouloir plaire aux autres ?


Les deux fonctionnements peuvent se rejoindre, mais ils ne sont pas exactement identiques. Le besoin de plaire pousse davantage à rechercher l'approbation, à être apprécié ou à donner une image positive de soi. La peur de décevoir apparaît surtout lorsque nous redoutons ce qui pourrait se produire si nous ne répondions pas aux attentes de quelqu'un : sa tristesse, sa colère, son jugement ou une éventuelle modification de la relation.

Il est tout à fait possible de retrouver les deux mécanismes chez une même personne.

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